Lundi 10 août,
sans nouvelles de la mairie concernant l'ouverture en urgence d'une salle municipale de façon temporaire, le Collectif de Solidarité envoie ce jour le courrier ci-dessous, à l'adresse des conseillers départementaux par ailleurs membres du conseil d'administration de Séquano, société d'économie mixte ayant demandé l'expulsion de l'ancien "village d'insertion". Autres destinataires: la préfecture, comme d'habitude et sans espoir aucun, monsieur le maire de Saint-Ouen et autres "interlocuteurs" brillants par leurs silences.
lundi 10 août 2015
Lettre au Président du conseil départemental et aux membres du conseil d'administration de la Séquano
Collectif de
solidarité avec les Rroms de
Saint-Ouen en danger,
Droit au
logement Saint-Ouen,
Entraides
citoyennes,
Ligue des Droits de
l’Homme Plaine Commune,
MJCF Saint-Ouen
MRAP 93,
Romeurope 93,
à
Monsieur le Président du Conseil
Départemental,
Stéphane Troussel
Mesdames et Messieurs les conseillers départementaux membres du Conseil d'Administration de la
SEQUANO,
Mesdames et Messieurs les conseilleurs
départementaux,
Saint-Ouen, le 10 aout 2015
Mesdames, Messieurs,
Le 24 Juillet 2015, le Préfet a
procédé à l'expulsion du Village
d'insertion des familles Rroms, situé 41 rue
de Clichy 93400
Saint-Ouen, à la demande de Séquano
Aménagement auprès du TGI de Bobigny.
La société Séquano Aménagement, au sein de laquelle
vous siégez en tant qu’administrateur, est
propriétaire de ce terrain depuis
2008, date de création du Village.
Lors de la création du Village
d’insertion par les pouvoirs publics, les familles ont
été choisies en fonction
de critères précis.
Quelle que soit l'importance du projet
d'aménagement des Docks de Saint-Ouen, il n’est pas
acceptable de jeter sur le
trottoir, sans aucune solution de relogement, des
familles avec enfants, dont certains
en bas âge, qui ont quant à elles rempli leur part
du contrat : apprentissage du français, emploi ou
recherche active et
formation, scolarisation des enfants.
Depuis
le 24 juillet, ces familles sont à la rue et dorment
sur le parvis de la mairie
de Saint-Ouen dans des tentes prêtées par Médecins du
Monde. Certaines ont
bénéficié de quelques nuits d’hôtel par le 115 pour
des durées très limitées.
Pour
plus d'informations, vous pouvez consulter le blog :
solidariteromsaintouen.blogspot.fr
Nous
sommes persuadés que vous n'êtes pas indifférents à la
situation de ces
familles, de ces citoyens audoniens et
séquanodionysiens à part entière. Face à
cette détresse humaine et à une situation sanitaire
chaque jour plus inquiétante,
nous vous demandons :
- de proposer la mise à disposition immédiate d'un terrain ou d'un local. Un courrier adressé au maire de Saint-Ouen le 30 juillet pour demander la mise à disposition d’une salle municipale n’a, à ce jour, reçu d’autre réponse qu’un accusé de réception.
- de trouver des solutions de relogement pérennes avec les différents acteurs publics concernés.
- A cette fin, les familles, avec le soutien d'associations et de nombreux citoyens, demandent que leur situation soit discutée autour d'une table ronde réunissant le maire de Saint-Ouen, Séquano Aménagement, le Conseil Départemental, la Préfecture, Plaine-Commune, les familles expulsées, le Collectif de solidarité avec les Rroms de Saint-Ouen et l’association Droit au logement Saint-Ouen.
Le
maire de Saint-Ouen, Monsieur William Delannoy, avait
reçu une délégation le 27
juin dernier et s’était engagé à organiser une telle
réunion multipartite. Il
avait déclaré que « tant qu’il n’y avait pas cette
réunion il n’y aurait
pas d’expulsion des familles ». Depuis l’expulsion, il
refuse de communiquer et d'assumer ses responsabilités, déléguant
à la
Préfecture le soin de résoudre la situation.
Il est notamment impératif que les enfants
puissent poursuivre
leur scolarité dans des conditions de vie dignes.
Il est urgent de trouver des solutions
concrètes.
Comptant vivement sur votre réponse, nous
vous prions d'agréer, Mesdames, Messieurs les
Conseillers départementaux,
l'expression de nos meilleures salutations.
Les associations précitées
Copie : Maire de
Saint-Ouen, Préfet de la Seine-Saint-Denis, Préfet
délégué à l’égalité des
chances, Ministre du Logement, de l’Egalité des
territoires et de la Ruralité,
Président de Plaine-Commune.
Contact : solidarite.roms.saint.ouen@gmail.com
Collectif
de solidarité avec les Rroms de Saint-Ouen en danger
- rue des Graviers 93400 Saint-Ouen
vendredi 7 août 2015
ECRIVEZ, APPELEZ, PASSEZ A LA MAIRIE !
Cela fait deux semaines aujourd'hui que, sans solution de relogements, des familles expulsées de l'ancien « village d'insertion » Rrom campent devant la mairie.
L'équipe municipale reste sourde à notre demande d'ouverture, en urgence, d'une salle ou d'un terrain, à des fins provisoires.
Pour exiger cette ouverture, écrivez, appelez, ou passez à la mairie !
Demandez à parler à M. le Maire ou a un des adjoints, à défaut, laissez un message à l'accueil. Il s'agit d'un acte citoyen, de pure humanité, simple et concret.
Le Collectif
Téléphone de la mairie : 01 49 45 67 89
E-mail : service-courrier@mairie-saint-ouen.fr
Horaire d'ouverture : du lundi au vendredi de 8h30 à12h30 et de 13h30 à 18h et le samedi de 8h30 à 12h. Fermé le jeudi matin
jeudi 6 août 2015
Communiqué du Collectif de Solidarité avec les Rroms de Saint-Ouen en danger
(mardi 4 août)
Hier, le tribunal administratif de
Paris a rendu ses délibérés concernant les
demandes d’hébergement d’urgence,
pour situation de détresse, des 16 familles Rroms
expulsées le 24 juillet de l'ancien « village
d'insertion » situé 41, rue de Clichy, à Saint-Ouen (93400)
où elles vivaient depuis 2008
et qui, depuis,
campent place de la
mairie. Les délibérés sont tranchés : 8 familles bénéficiant déjà d'un hébergement d'urgence minimal ont été écartées. Pour les 8 autres familles encore sans solution,
seule celle dont le plus jeune
enfant est âgé de 4 mois a pu bénéficier d'un jugement favorable sous la forme d'une injonction faite à la préfecture. Toutes les autres requêtes ont été
rejetées. Selon leur avocate maître
Cuilliez, « ils n'ont plus rien à attendre de la justice ».
Elle estime par ailleurs que 3 familles au moins parmi les 8 dont nous parlons méritaient
clairement un hébergement en raison de l’état
de santé des personnes ou de la
situation familiale (parent isolé).
Nous demandons à tout ceux que cette
situation révolte d'appeler la mairie, de la rappeler, jusqu'à
obtenir satisfaction concernant l'ouverture de cette salle, qui n'est
qu'un minima en matière de solidarité citoyenne. Nous continuerons
de nous battre pour que soit trouvée, à
terme, une solution de logement pérenne
pour ces familles Rroms, fortement engagées
dans un processus d'intégration, mais
aujourd’hui jetées
à la rue à seule fin de
permettre l'extension immobilière du quartier des Docks, à
Saint-Ouen. Nous continuerons de nous battre pour que ces
enfants Rroms audoniens retrouvent
dans quelques semaines les bancs des écoles qu’ils
connaissent depuis toujours. Nous
continuerons de nous battre contre les préjugés de toutes
sortes,
dont sont victimes les membres de cette communauté.
Le Collectif
mardi 4 août 2015
Comme une lettre à la poste.
Mardi 4 août,
11e nuit sous les tentes, place de la mairie. Toujours aucune réponse à notre demande d'ouverture d'une salle municipale. D'une manière générale le silence semble être la règle fixée par les autorités,ou bien c'est le mépris total: les délibérées attendus sont tombés aujourd'hui, le tribunal administratif rejette les requêtes concernant les familles. Selon Marie Cuilliez, leur avocate, ils n'ont "plus rien à attendre de la justice"... Les soutiens sont par contre plus que jamais présents, et plus nombreux chaque jour, comme le prouve ce texte.
Comme une lettre
à la poste
!
Immenses remerciements à Raphaël Glucksmann pour ce texte sombre et lumineux !
"Dans nos rues et sur nos places, relégués au fond de sinistres
bidonvilles ou squattant des cabines téléphoniques hors d'âge, des
milliers de miroirs hantent Paris.
Ils nous renvoient une image de nous-mêmes si difficile à contempler que nous refusons de les voir, préférant zapper leur existence, faire comme s'ils n'étaient pas là ou les blâmer pour leur misère.
La nature d'une société se lit dans le sort qu'elle réserve à ses marges. Les sans-abris en général et les Roms en particulier sont autant de reflets de la France et de l'Europe que nous sommes en train de construire ou plutôt de laisser péricliter.
Nous sommes un pays riche, mais une société bien pauvre si nous ne parvenons pas à trouver un toit à ces milliers d'enfants et d'adultes qui errent parmi nous. Nous avons un passé lumineux, mais un futur bien sombre si nous ne pouvons plus voir dans l'autre un semblable, dans l'étranger un proche, dans celui qui n'a plus rien un frère en condition humaine.
Notre nation mourra de ne plus être capable d'empathie. Et donc de solidarité. Nous nous recroquevillons sur nous-mêmes, ce que nous avons et ce que nous pensons être, cette fameuse identité qui ressemble de plus en plus à une prison pour le cœur et l'âme. Au bout du repli, il n'y a que la mort. Si nous voulons vivre, vraiment, comme citoyens et comme être humains, cessons d'ignorer les Roms, les sans abris, les sans papiers, ces sans rien qui portent la vérité de notre tout.
En les voyant, nous nous verrons nous-mêmes. En les aidant, nous nous aiderons nous-même. La chasse aux pauvres ne balaie pas la misère, elle creuse notre tombe à tous. "
Ils nous renvoient une image de nous-mêmes si difficile à contempler que nous refusons de les voir, préférant zapper leur existence, faire comme s'ils n'étaient pas là ou les blâmer pour leur misère.
La nature d'une société se lit dans le sort qu'elle réserve à ses marges. Les sans-abris en général et les Roms en particulier sont autant de reflets de la France et de l'Europe que nous sommes en train de construire ou plutôt de laisser péricliter.
Nous sommes un pays riche, mais une société bien pauvre si nous ne parvenons pas à trouver un toit à ces milliers d'enfants et d'adultes qui errent parmi nous. Nous avons un passé lumineux, mais un futur bien sombre si nous ne pouvons plus voir dans l'autre un semblable, dans l'étranger un proche, dans celui qui n'a plus rien un frère en condition humaine.
Notre nation mourra de ne plus être capable d'empathie. Et donc de solidarité. Nous nous recroquevillons sur nous-mêmes, ce que nous avons et ce que nous pensons être, cette fameuse identité qui ressemble de plus en plus à une prison pour le cœur et l'âme. Au bout du repli, il n'y a que la mort. Si nous voulons vivre, vraiment, comme citoyens et comme être humains, cessons d'ignorer les Roms, les sans abris, les sans papiers, ces sans rien qui portent la vérité de notre tout.
En les voyant, nous nous verrons nous-mêmes. En les aidant, nous nous aiderons nous-même. La chasse aux pauvres ne balaie pas la misère, elle creuse notre tombe à tous. "
dimanche 2 août 2015
Dimanche 2 août
9e
nuit passée sous les tentes, pour les roms de la place de la
mairie... Si quelques familles ont pu être hebergées d'urgence,
pour quelques nuits par le 115, il reste une vingtaine de personnes
qui dorment au pied de la statue, au pied de ce monument aux morts
qui, comme chacun sait, représente une femme et ses deux enfants,
bel appel à la paix. On n'a pas à chercher bien loin pour y voir un
symbole, une heureuse concomitance.
Nous
avons donc écrit au maire (voir plus bas). Nous lui avons demandé
d'ouvrir une salle dans la ville. Il en a le pouvoir, il en a les
moyens, et la situation, sur la place, le commande. Un médecin est
passé hier, a examiné celles et ceux qui le désiraient, certains
atteints de maladies chroniques. Le respect du secret médical nous
interdit bien sûr de livrer ici ses conclusions. La période
estivale voit le nombre de personnes aidantes diminuer, et
si le Collectif continue d'être présent en assurant le minimum
(largement aidé en cela par plusieurs associations et particuliers),
il n'empêche qu'en ce début août la situation risque de devenir
plus problématique encore qu'elle ne l'est.
Sommes-nous
trop alarmistes ? Jouons-nous sur « la corde sensible » ?
Les audoniens, les audoniennes, qui passent régulièrement place de
la mairie, qu'il s'y arrêtent ou pas le voient bien : cette
situation n'est pas tenable. Dix jours déjà que nous campons devant
les portes de la maison commune, il est grand temps d'ouvrir une
salle municipale ! C'est tout à fait faisable, et vite, et sans
mobiliser trop de moyens ni de personnes. Nous parlons d'une mesure
tout à fait provisoire, dans l'attente d'une solution pérenne. Il
s'agit, avant tout, de mettre à l'abri pour un temps les habitants
de l'ancien village d'insertion, notamment de soustraire femmes et
enfants à un environnement plus ou moins délétère. Monsieur le
maire, qu'attendez-vous ?
Si
l'équipe municipale s'entête dans son silence et joue sur la
fatigue, l'usure, alors elle doit se préparer à quelques
déconvenues : les roms de Saint-Ouen voient leur détermination
augmenter de jour en jour, et, soyez-en certains : ils ne
partirons pas. Ils n'ont nulle part où aller, et toute tentative de
dispersion via les hébergements d'urgence (à Aulnay, à
Cergy-Pontoise, dans le Val de Marne...) s'est pour l'heure soldée
par des retours à Saint-Ouen, place de la mairie. Parce qu'ils sont
audoniens, depuis des années. Parce qu'ils ont cru aux promesses qui
leur ont été faites. Parce que leur avocate, par media interposés
et devant le juge, vendredi, a eu raison de parler d'une véritable
trahison des autorités. Ils resteront, enfin, parce que
dans quelques semaines c'est la rentrée scolaire, et qu'ils tiennent
avant tout à ce que leurs enfants puisse rejoindre leurs camarades,
dans les écoles de Saint-Ouen. C'est leur revendication première.
N'est-ce pas une preuve suffisante de leur volonté d'intégration ?
En
l'attente de la décision de justice que nous devrions connaître
demain, lundi (mais qui ne concerne que les hébergements
d'urgence) ; en l'attente d'une véritable table ronde
réunissant les habitants de l'ancien village d'insertion, le
Collectif de solidarité, la préfecture, la municipalité,...
MONSIEUR
LE MAIRE , AGISSEZ, OUVREZ UNE SALLE MAINTENANT !
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